La collusion et le soft play figurent parmi les problèmes d’intégrité les plus difficiles à traiter au poker en ligne, car ils sont rarement évidents sur une seule main. Un fold étrange peut être une erreur ; une value bet manquée peut venir de la peur ou d’un manque d’expérience. Dans les cas réels, la différence se voit surtout dans la répétition : les mêmes comptes se retrouvent souvent, évitent les confrontations à forte valeur entre eux et exercent une pression qui pénalise régulièrement les autres joueurs. En 2026, l’approche la plus solide reste fondée sur des preuves : conserver des mains précises, résumer quelques indicateurs mesurables et transmettre un signalement que l’équipe d’intégrité pourra vérifier dans ses propres historiques.
La collusion désigne généralement une coordination entre deux joueurs (ou plus) pour obtenir un avantage injuste, tandis que le « chip dumping » renvoie à un transfert volontaire de jetons, par exemple en perdant exprès. De nombreuses rooms considèrent ces pratiques comme des infractions graves, car elles faussent la partie pour tout le monde. Dans un signalement, utiliser les termes correctement aide : il vaut mieux décrire des actions observables que spéculer sur les intentions.
Le soft play est souvent plus discret que le chip dumping. Le signe le plus parlant est une passivité sélective : un joueur affronte normalement le reste de la table, mais devient nettement plus prudent face à un adversaire précis. Le schéma apparaît fréquemment dans les pots multiway, quand deux joueurs soupçonnés évitent de se mettre en danger l’un contre l’autre et choisissent des lignes qui laissent chacun « survivre », tout en mettant le troisième joueur sous pression.
La collusion peut aussi se manifester par une pression coordonnée. On voit parfois des relances « protectrices » qui n’ont que peu de sens stratégiquement, sauf si le relanceur s’attend à une réponse particulière de l’autre compte. On observe aussi des séquences où un joueur crée une situation qui force le troisième joueur à prendre une décision difficile, tandis que le partenaire présumé se retrouve, de fait, à l’abri. L’important, c’est que ces actions deviennent significatives quand elles se répètent entre les mêmes comptes.
Concentrez-vous sur des mains où la ligne est à la fois inhabituelle et asymétrique. Par exemple, un joueur 3-bet ou iso-raise régulièrement certains profils contre le field, mais s’abstient systématiquement de le faire quand un adversaire précis est impliqué. Notez le contexte : positions, profondeurs de tapis, runout du board, et la raison pour laquelle l’écart vous semble marquant à ce niveau de limite et dans ce format.
Surveillez les « évitements » répétés sur les streets suivantes. Cela peut prendre la forme de checks fréquents dans des spots de value évidents, d’une réticence à value thin river, ou de décisions qui laissent le partenaire réaliser son équité à moindre coût. Une main isolée ne prouve rien ; un ensemble de mains similaires contre le même compte est beaucoup plus convaincant, surtout si ce joueur value bet normalement contre les autres.
Le timing et les sizings peuvent ajouter du contexte. Des folds instantanés dans des spots de défense très standards, des mises systématiquement petites qui plafonnent le pot uniquement contre un adversaire, ou des lignes « sûres » trop constantes sont de bons éléments secondaires. Traitez-les comme des indices d’appui : la preuve la plus solide reste le schéma stratégique sur un volume de mains.
Les récits de mains aident, mais les chiffres renforcent le dossier, car ils réduisent le risque de confondre un run de variance avec un comportement intentionnel. Dans la pratique, l’idée est de montrer qu’un joueur se comporte d’une manière face au field et de façon sensiblement différente face à un adversaire précis. Cette « déviation spécifique à la paire » est souvent plus informative qu’un style global ou qu’un simple winrate.
Commencez par des métriques d’interaction : fréquence à laquelle les deux comptes se retrouvent aux mêmes tables, fréquence à laquelle ils voient un flop ensemble, et tendance des pots joués entre eux à rester anormalement petits par rapport à des situations comparables contre d’autres adversaires. En tournois, observez aussi si les mains les plus suspectes se concentrent sur des moments à fort enjeu : bulle, paliers de gains, fin de table finale.
Restez réaliste sur la taille d’échantillon. Un faible nombre de mains peut suggérer quelque chose d’étrange, mais prouve rarement une intention. La force vient de la constance : table-sharing répété dans le temps et différences de comportement qui persistent sur plusieurs sessions. Même sans volume énorme, une fréquence de recoupement élevée, plus quelques mains représentatives, peut justifier une enquête.
Établissez une comparaison simple pour le Joueur A : statistiques de base contre le field versus statistiques spécifiquement contre le Joueur B. Des indicateurs utiles : VPIP, PFR, taux de 3-bet, fold-to-3bet, fréquence de c-bet, taux de second barrel turn, fréquence de mise river et taux de showdown. Vous cherchez des baisses ou des hausses qui n’apparaissent quasiment que dans le duel A-versus-B.
Ajoutez un contexte de « flux de jetons ». Suivez le net de jetons échangés entre eux et repérez si le transfert se fait via des lignes suspectes : overfolds répétés, passivité inexplicable avec des mains fortes, ou value bets évidentes évitées. En cash game, comparez la taille moyenne des pots A contre B avec la taille moyenne des pots de A contre les autres joueurs à la même table.
Formulez les résultats comme des comparaisons, pas comme des verdicts. Une phrase prudente fonctionne mieux : « Contre le field, A joue normalement ; contre B, l’agressivité chute nettement sur N mains, et les écarts les plus marqués surviennent en fin de tournoi. » Cela donne à l’équipe d’intégrité un point de départ clair sans vous pousser à affirmer l’improuvable.

Un bon signalement ressemble à un mini-dossier, pas à une accusation émotionnelle. Les équipes d’intégrité ont besoin d’identifiants précis : qui, où, quand, et quelles mains. Votre objectif est d’apporter quelques preuves à forte valeur informative, vérifiables rapidement dans la base de données de la room, plutôt qu’un énorme lot non trié.
Incluez l’essentiel : pseudos, limite et type de jeu, nom de table cash ou nom/ID de tournoi si disponible, date et heure approximative avec fuseau horaire, plus une liste de numéros ou d’IDs de mains. Ajoutez ensuite 5 à 15 mains clés qui illustrent le schéma : passivité sélective répétée, pression coordonnée en multiway, ou déviations étranges principalement présentes dans cette paire.
Pensez à la confidentialité et à l’équité. Évitez d’affirmer que deux comptes appartiennent à la même personne sans preuve directe. Restez sur l’observable et sur des schémas reproductibles. Évitez aussi de publier publiquement des historiques complets si le règlement de la room limite leur diffusion ; transmettez les détails via les canaux officiels afin que l’opérateur enquête à partir de ses propres logs.
Phrase d’ouverture : « Je signale une suspicion de collusion/soft play entre [Joueur A] et [Joueur B]. Sur la période [dates], en [format/limite], ils se retrouvent fréquemment et montrent une prudence systématique l’un contre l’autre, avec des lignes qui augmentent la pression sur les autres joueurs. Je joins des mains clés et une courte comparaison statistique. » En deux phrases, le sujet est posé.
Ajoutez ensuite une section de preuves facile à parcourir : (1) fréquence de table-sharing ou recoupement de sessions, (2) liste des mains clés avec une note courte expliquant pourquoi chaque main est inhabituelle, (3) comparaison statistiques « baseline vs field » contre « tête-à-tête A vs B ». Si vous joignez des captures d’écran, utilisez-les surtout pour le contexte (places, tailles de tapis), pas comme preuve principale.
En 2026, la suite dépend souvent de la politique interne : beaucoup d’opérateurs confirment la réception, mais ne détaillent pas les mesures prises ni le résultat de l’enquête. C’est normal. Ce qui fait la différence, c’est la qualité du dossier : IDs de mains précis, sélection de mains représentatives, et explication mesurée d’un schéma répété. Si le comportement continue, envoyez des compléments au même format pour que le dossier reste simple à vérifier.